jump to navigation

Discussions avec un militant bovéiste.. 15 mai 2007

Posted by Maitredeconf' in économique, politique.
trackback

unij.jpg C’était par la campagne. Un militant pro-Bové réagissait aux propositions de Ségolène Royal sur la Mondialisation. Je lui répondais à mon tour, identifiant de nombreux points d’accords mais aussi des différences d’approches ou des priorités différentes. Il me faisait part à nouveau de ces commentaires et je vous publie cette discussion (un peu longue mais intéressante) sur ce blog en lui laissant le dernier mot. De cette discussion, je retiens plusieurs points:

– La discussion sur les organisations internationales a beaucoup tourné au pouvoir de l’OMC (et je suis d’accord avec Gilles quand il dit que la « non-séparation » des pouvoirs au sein de l’institution peut poser des problèmes). Mais je considère par contre que le mouvement altermondialiste devrait plus se concentrer sur les politiques menées par le FMI et la Banque Mondiale qui ont un impact bien plus important dans les pays du Sud. Pour l’OMC, se pose la question de la réforme de l’institution et la révision du dogme libre-échangiste, du principe de réciprocité. Mais les pays en développement ont montré à Cancun qu’ils pouvaient avoir un rôle important et bloquer un accord qui n’allait pas dans le sens de leur intérêt.

– Beaucoup de discussions portent sur l’Union Européenne. Je croyais que le fossé entre le non et le oui de gauche avait été partiellement comblé. A lire cet e-mail, il semble qu’il y ait encore du travail et une profonde réflexion à mener.

– La fin de l’email ouvre des pistes pour la nécessaire refondation de la Gauche. Peut-elle se réaliser dans les partis? Quelle clarification au sein du PS? Ces questions sont ouvertes et en suspens.

Allez, je ne vous en dis pas plus et laisse juger par vous même. N’hésitez pas à réagir. Je considère ces discussions saines, et bien plus constructives que d’autres que j’ai pu avoir ailleurs sur le net. Les mises au pilori, ca fatigue. Alors parlons de fond!😉

Bonjour Rémi !!

Je te remercie pour ton message. Je vais te répondre en rouge, après tes remarques. Cet échange est intéressant parce qu’il permet de mieux se renseigner sur certains points.

Bonjour Gilles,
Tout d’abord, désolé de n’avoir pris le temps de te répondre avant. Tu sais, c’était un peu la course. J’avais beaucoup de choses à dire sur ton email, non que je sois forcément en désaccord, mais ca peut aider justement à trouver des points de convergence. Tu trouveras donc dans ton email (en italique) mes remarques, accords ou désaccords. Bonne lecture!

 » Je te remercie de m’avoir envoyé la réponse de Royal au questionnaire de la Coordination Sud et de l’autre ONG. C’est vrai que la relation que doit avoir la France et l’UE avec les pays pauvres et leurs politiques par rapport à l’environnement et au développement durable est une question très importante. C’est d’ailleurs bien que Ségolène Royal prenne position sur ce sujet. Mais pour moi, la position qu’elle prend est à l’image du programme qu’elle a défendu pendant sa campagne d’avant premier tour, c’est-à-dire un programme qui n’est pas réellement de gauche.

L’éternel débat.. C’est quoi d’abord être de Gauche?🙂

Je peux essayer d’y répondre ou, au moins, de donner mon avis là-dessus. Etre de gauche implique, à mon avis, d’avoir un certain nombre de valeurs qui sont, justement, propres à la gauche, telles que la solidarité entre les cityens d’un même pays et entre les peuples du monde, le respect de l’autre, la tolérence et du point de vue strictement politique et économique, défendre ces valeurs de solidarité et de respect au niveau international et mener une politique économique sociale, assurant le plus possible la sécurité sociale, la sécurité de l’emploi, le développement économique respectueux de l’être humain (hommes et femmes) et de sa dignité, de l’environnement, de la biodiversité, etc. Il ne suffit pas de prétendre avoir ces valeurs ; il faut les défendre du mieux que l’on peut, même quand on est au pouvoir. Il ne faut pas prendre ça comme une attaque contre qui que ce soit parce que je vise personne en particulier et je n’attaque personne. Je dis simplement ce que c’est que d’être de gauche de mon point de vue (et ce n’est que mon point de vue).

Je veux dire par là que pendant toute sa campagne, elle n’a fait qu’avancer que des grandes idées qui ne sont pas forcément mauvaises à la base, mais qui ne me paraissaient absolument pas concrètes puisqu’elle ne proposait jamais aucune mesure pour les mettre en pratiques.

Il faut toujours faire attention à faire des généralisations. Je peux te donner plusieurs exemples ou au contraire, c’est très précuis avec toutes les mesures pour les mettre en pratique. Exemple: réforme de la politique de coopération. C’est très important si on veut que l’aide publique au développement serve réellement au développement des pays du Sud et non au renforcement des dépendances coloniales. Sur le sujet, les socialistes proposent évidemment de porter l’aide à 0.7% (avec loi de programmation budgétaire pour garantir que ca sera effectivement le cas) mais pas seulement car on sait qu’augmenter l’aide dans sa structurelle actuelle renforcerait surtout ces dépendances. C’est donc d’abord un meilleur contrôle démocratique de la distribution de l’aide avec une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationale. C’est 5% de l’aide directement distribuée aux ONG.
Voila, c’est juste un exemple: il y a une volonté politique: mieux aider les pays du Sud et les méchanismes concrets pour les mettre en oeuvre.

Tu as raison qu’il ne faut pas trop généraliser et je n’aurais pas dû le faire. L’augmentation des aides directes aux ONG est une bonne chose. Je relativiserai en disant que toutes les ONG n’œuvrent pas pour le développement économique et social des pays pauvres. Pour celles qui fournissent une aide aux pays pauvres, quelle qu’elle soit, elles ont très souvent beaucoup de mal à exercer leur travail soit à cause des conditions géographiques du pays (par exemple au Pakistan ou en Iran après les énormes séismes qu’ils ont subi, le Pakistan et l’Iran étant des pays très montagneux et où beaucoup de régions sont très difficiles d’accès), soit, plus grave encore, à cause de la situation politique du pays (dictatures, guerres qui empêchent l’acheminement de l’aide ou le rend extrêment compliqué et difficile). Les conditions géographiques des pays pauvres qui reçoivent l’aide des ONG est un obstacle inévitable à franchir, mais les régimes politiques dictatoriaux corrompus et les guerres qui sévissent dans beaucoup de pays pauvres sont des problèmes qui sont résolvables. Je ne dis pas que ces problèmes sont facilement résolvables ; ils sont au contraire très compliqués à résoudre et ça demande des efforts soutenus dans le long terme, mais l’aide aux ONG, même si on l’augmente, ne résoudra pas forcément à les résoudre puisque la plupart des ONG qui travaillent dans ces pays s’occupent de sécurité alimentaire pour éviter des famines, de secours médicaux, etc. Si elles s’attaquent aux régimes en place dans ces pays, on les force à quitter les lieux.

En ce qui concerne l’aide publique au développement (APD), je ne savais pas bien en quoi elle consistait exactement ; je me suis donc informé sur internet. La définition donnée par le CAD (Comité d’aide au développement, émanation de l’OCDE) est la suivante : « Prêts ou dons aux pays et territoires figurant dans la partie I de la liste des bénéficiaires de l’aide établie par la CAD (pays en développement) par le secteur public, dans le but principalement de faciliter le développement économique et d’améliorer les conditiions de vie, à des conditions financières libérales (dans le cas des prêts, l’élément de libéralité doit être d’au moins 25 %). »
A propos de l’APD, je te conseille vivement de lire deux articles qui sont très intéressants. Tu les trouveras à ces deux adresses :
– Article 1 : « Une générosité très médiatisée – Les faux-semblants de l’aide au développement », publié dans le Monde diplomatique en juillet 2005
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/07/MILLET/12467
– Article 2 : « L’aide publique au développement augmente, la pauvreté aussi », publié dans la rebrique Actualité du site internet : www.libres.org.
http://www.libres.org/francais/actualite/archives/actualite_0504/developpement_a1_1904.htm

Le premier article donne apperçu concret et précis d’un aspect assez pervers de l’APD. Dans cet article, il y a quelques points assez techniques que j’ai eu un peu de mal à comprendre parce que je n’ai pas les compétences nécessaires, mais l’idée générale est assez critique vis-à-vis de l’APD. Comme tu peux le lire dans la définition de l’APD, l’aide se présente sous deux formes : des dons et des prêts. Naturellement, les prêts sont octroyés au pays pauvres par les pays donnateurs et ils impliquent des remboursements, souvent avec des taux d’intérêt. A la fin 2002, comme le dit cet article, les dettes des pays qui ont reçu ces APD liées à ces aides étaient de 171,7 milliards de dollars. Et entre 1996 et 2003 (il y avait Jospin, et Royal, au pouvoir pendant une partie de cette période), les pays en développement ont dû rembourser 31 milliards de dollars de plus qu’ils n’ont reçu en nouveaux prêts dans le cadre des créances bilatérales à taux préférentiels. Tu peux voir que non seulement cette APD crée une fuite de capitaux des pays pauvres vers les pays riches, capitaux qui ne peuvent donc pas être investis utilement dans lesdits pays pauvres, mais encore plus grave, les pays riches font des bénéfices sur les prêts qu’ils font aux pays pauvres pour justement les aider à se développer. Personnellement, je trouve que c’est assez scandaleux.
L’analyse des chiffres de 2003 montre en plus que 12 % de l’APD ont été consacrés à des remises de dettes, ne créant ainsi aucun flux financier positif vers les pays pauvres. Ce pourcentage a été multiplié par quatre en 3 ans. Et très souvent, ces remises de dettes sont des annulations d’anciennes créances douteuses de la part des pays riches créanciers. Ces pays tirent profit des ces assainissements de comptes car il peuvent se targuer de diminuer la dette des pays pauvres et de leur octroyer des aides aux développement après ça.
Tout cela est très bien expliqué par cet article, que je te conseille encore de lire, et il explique beaucoup d’autres phénomènes tout aussi pervers liés à l’APD. Je ne les mentionne pas là pour ne pas être trop long et parce que les auteurs de cet article l’expliquent sûrement beaucoup mieux que je ne le ferais.

Le second article explique que la grande majorité des pays destinataires de cette APD, notamment en Afrique, habritent des régimes totalitaires ou au moins, extrêmement corrompus, et les aides données via l’APD sont très souvent détournées au profit de ces régimes et n’atteignent pas les intéressés, c’est-à-dire la population et les acteurs économiques de ces pays. Cette APD renforce donc les régimes en place dans ces pays, effet inverse de l’effet qu’elle devrait avoir. Il faudrait plutôt œuvrer à assainir les régimes de ces pays pour qu’ils favorisent leur développement économique et social.

Les seules mesures concrètes qu’elle a avancées n’étaient pas vraiment de gauche ; je pense, par exemple, à sa volonté de mettre les universités à la charge des régions pour les moderniser et les rendre plus attractives et d’augmenter leur autonomie financière et les rapprocher de l’entreprise.

Ca c’est de la réthorique. Elle n’a jamais proposé contrairement à Sarkozy l’autonomie financière des universités. Pour les mesures concrètes de Gauche, je te renvois à la sécurtié sociale professionnelle, à l’allocation autonomie pour les jeunes, à la couverture logement, à l’augmentation du budget de l’éducation et de la recherche (…). C’est pas pour rien que « Sauvons La recherche » a explicitement appelé à voter pour elle. Si son projet était si dangereux pour l’université, je ne pense pas que cela aurait été le cas.

D’abord, ce n’est absolument pas de la rhétorique. Ségolène Royal était invitée par Arlette Chabot pour une émission de 2 heures sur France 2, avant le premier tour, et je l’ai entendue dire, Ségolène Royal en personne, qu’elle voulait augmenter l’autonomie des université. Ah oui, c’est vrai, elle n’a dit qu’ « autonomie des universités ». Je te demande alors ce que ça veut dire quand dans la phrase suivante, elle dit vouloir rapprocher les universités du monde de l’entreprise. Je me souviens parfaitement de ce passage dans cette émission.
Ensuite, il faut voir de qui est constitué le collectif « Sauvons la recherche ». Il faut voir quels sont les intérêts de ce collectif, mais la mise des universités sous la tutelle des régions est effectivement une mesure dangereuse pour les universités, quoiqu’en dise ce collectif. Ce n’est pas parce que « Sauvons la recherche » a ouvertement appelé à voter pour S. Royal que ça enlève le côté dangereux de cette mesure. Actuellement, les universités sont sous la tutelle de l’Etat et reçoivent toutes le même budget, où qu’elles se trouvent sur le territoire français. Maintenant, si on les met sous la tutelle des régions, comme le voulait S. Royal, on supprime complètement le traitement équitable des universités parce que les régions sont très hétérogènes quant à leur budget. Il existe des régions très riches, comme l’Ile-de-France ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur, et des régions largement plus pauvres, comme la Lorraine ou le Nord-Pas-de-Calais. Les régions ne pourraient donc pas faire face de la même façon et avec les mêmes moyens à l’entretien des universités, au paiement d’une partie de leur personnel, etc. Je rappelle que le salaire d’une partie du personnel universitaire (personnel de nettoyage, secrétaires, etc.) sont prélevés sur le budget alloué aux universités chaque année.
Cette mesure de mettre les universités à la charge des régions prépare, à mon avis, l’entrée des entreprises dans le budget des universités puisque ce serait un moyen, pour les régions pauvres, de faire face à la charge que représente l’entretien des universités, etc.

Maintenant, en ce qui concerne sa prise de position que tu m’as envoyée, je trouve qu’elle s’inscrit dans cette même logique du « je ne me mouille pas trop » parce que, sur toute la politique internationale et européenne qu’impliquent le développement durable et l’environnement, elle ne se mouille vraiment pas. Tu peux voir le vocabulaire qu’elle emploie : elle n’emploi quasiment que des « il faut que l’OMC… », « il faut que le FMI… », « il faut que l’UE… », ce qui ne l’implique pas et elle ne s’engage donc en rien au niveau mondial et européen.

A priori, on ne décide pas en lieu et place des autres pays du Monde. On ne peut pas changer tout seul l’OMC ou le FMI. Elle peut dire « si je suis élue, je changerai les règles de l’OMC », mais ça j’appelle cela de la démagogie. Parceque les règles ne se changent pas toute seule. Il faut du rapport de force et de la détermination poliitque. C’est ce qu’elle affirme ici.

Je n’ai jamais prétendu qu’un pays pouvait, à lui seul, changer les institutions internationales. Tu me fais dire des choses que je n’ai pas dites, là. Mais même si un pays ne peut pas changer tout seul le mode de fonctionnement des institutions internationales, il a largement les moyens de faire pression aussi bien au niveau communautaire qu’au niveau international, à l’OMC, au FMI et à la Banque mondiale, pour que les choses changent. Encore faut-il avoir la volonté politique de le faire et S. Royal ne m’en n’a pas donné l’impression dans sa réponse à la Coordiantion Sud et à l’autre ONG. Comme je l’ai dit dans le mail auquel tu réponds, au niveau international, elle n’emploi que des « il faut que… ». Quand tu restes dans les « il faut que l’OMC… », « il faut que le FMI… », etc., tu ne restes que dans le domaine des constations. C’est comme, par exemple, si ton enfant est malade, tu te dis alors qu’il faut le soigner, n’est-ce pas ? Mais pour le guérir, tu dois d’abord l’emmener chez le médecin, qui va diagnostiquer ce qu’il a et lui prescrire des médicaments pour le soigner. Quand tu as l’ordonnance, tu vas à la pharmacie et tu lui achètes ses médicaments et tu fais en sorte que ton enfant prenne ces médicaments. S. Royal ne reste qu’au stade du « il faut soigner mon enfant », mais ne prend aucune mesure et ne s’engage pas pour faire en sorte qu’il se soigne. En quelque sorte, elle ne va pas plus loin que de déduire qu’il faut se soigner quand on est malade. C’est en ça qu’elle ne s’engage en rien au niveau international.
Contrairement à ce que tu dis, on peut s’engager sur pas mal de points sans pour autant rentrer dans la démagogie. Elle pourrait s’engager à ce que la France fasse pression sur l’UE pour que celle-ci ait une politique en faveur du développement des pays pauvres, plus respectueuse de l’environnement, etc., et pour faire rentrer ces volontés dans des directives. Contrairement à ce que les media et la classe politique dans sa grande majorité aiment à dire, la France à gardé la même place très importante dans l’UE que celle qu’elle avait avant son rejet du TCE et l’Europe n’est absolument pas en panne. J’en veux pour preuve que l’UE nous a récemment pondu un nouveau Bolkestein ; pour une Europe en panne, je trouve que c’est quand même très performant. Cette politique demande du temps et n’est pas aisée, j’en conviens, et elle demande une confrontation avec l’ordre néo-libéral qui s’est établi dans l’UE. Et quand tu t’engages à faire pression sur l’UE pour que celle-ci revoie ses traités de façon à y faire rentrer les composantes humaine, sociale, environnementale, en faveur du développement des pays pauvre, etc., ce n’est pas de la démagogie, je suis désolé. Au niveau international, l’UE possède le pouvoir de minorité de blocage sur les décisions que prend le FMI ; s’engager à faire pression sur l’UE pour qu’elle empêche le FMI de mener une politique dévastatrice dans les pays pauvre, ce n’est pas de la démagogie parce que, encore une fois, la France a gardé un pouvoir effectif très important dans les décisions de l’UE.


Par contre, elle prend des engagements au niveau national, ce qui est très bien, sincèrement. Mais beaucoup de ces engagements ne sont pas tenables si elle ne s’engage pas de façon très ferme pour changer la donne au niveau de l’UE et au niveau international, à l’OMC (dirigée par le socialiste français et très libéral Pascal Lamy), au FMI ou encore à la Banque mondiale (dirigée par Wolfovitch, ultra-conservateur et ultra-libéral américain et maître à penser très influent de George W. Bush).

Justement! Tes deux paragraphes sont contradictoires. Elles s’engagent à se battre pour changer les règles des organismes internationaux.

Non, ils ne sont pas en contradiction. Les rares choses sur lesquelles S. Royal s’engage, c’est sur des questions strictement nationales. Or, les engagements que tu prends au niveau national, pour la France elle-même, dépendent très largement de l’UE et des institutions internationales (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.). Si tu prends des décisions au niveau national qui sont en contradiction avec les directives européennes ou avec les règles établies par l’OMC, la France sera bloquée dans ses actions. Encore que tu peux jouer la confrontation ; c’est vrai que c’est possible, mais ça n’engage que la France. Tu me diras que c’est déjà bien et que ça peut donner l’exemple à d’autres pays, mais ce n’est pas suffisant. Il est plus efficace de jouer la confrontation au sein des institution européennes et mondiales pour essayer de limiter les dégats faits par les politiques dévastatrices de l’UE (qui parfois beaucoup plus virulente que les Etats-Unis dans les négociations), de l’OMC, du FMI, etc.

Par exemple, elle n’a jamais remis en cause le mode de fonctionnement de l’OMC, qui est nettement arbitraire. L’OMC est l’organisme international le plus puissant au monde

C’est à relativiser. Le FMI a une force de frappe bien plus puissante. L’OMC qui compte uniquement quelques centaines de fonctionnaires à Genève ne fait guère le poids face aux dizaines de milliers de salariés du FMI ou de la BM. L’OMC ne fait que veiller à l’application des accords internationaux adoptés à l’unanimité des Etats-membres. (car contrairement au FMI ou à la BM, l’OMC se base sur le principe de l’unanimité, ce qui n’empèche évidement pas les pressions, mais qui est tout de même moins dangereux qu’au FMI ou à la BM où les Etats-Unis sont les premiers actionnaires et donc premiers décideurs.

La puissance n’est pas forcément question d’effectif. Tout d’abord, depuis la création de l’OMC à Marrakech, l’OMC, le FMI et la Banque mondiale travaillent en étroite collaboration. Et, l’OMC est la seule institution internationale ayant un organe exécutif et « répressif » pour contraindre ses pays membres à appliquer ses accords qui ont pouvoir de textes juridiques ; c’est ainsi que les appelle l’OMC elle-même (je te renvoie àa ce site : http://www.wto.org/french/docs_f/legal_f/legal_f.htm). Les pays membres de l’OMC élaborent des accords au sein de l’OMC et qui prennent valeur de textes juridiques. Voici le pouvoir législatif de l’OMC. Ensuite, l’OMC se charge de faire attention à ce que les textes juridiques élaborés par le pouvoir législatif de l’OMC soient appliqués par les pays membres ; il est ainsi pouvoir exécutif. L’Organe de règlement des différends (ce n’est pas un organisme) est, quant à lui, pouvoir judiciaire car il peut décider des sanctions à infliger en cas de non respect des textes juridiques. Alors, tu peux voir que l’OMC est anti-démocratique car elle concentre en son sein les 3 pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Cela lui confère des pouvoirs énormes. Un régime ou une institution qui concentre ainsi ces 3 pouvoirs en son sein est forcément arbitraire. Une des bases de la démocratie est que ces 3 pouvoirs doivent être séparés et indépendants pour justement éviter tout arbitraire. Je pense que je ne te l’apprends pas, n’est-ce pas ? Le FMI et la Banque mondiale ne concentrent pas ces 3 pouvoirs en leur sein, bien qu’ils possèdent des effectifs beaucoup plus imposants que l’OMC.

puisqu’elle est la seule à regrouper en son sein un pôle exécutif et de sanction, un pôle législatif et une pôle judiciaire. Seules ses mesures sont donc contraignantes.

Encore une fois, il faut relativiser. Je suis d’accord que le champ de l’OMC s’est trop agrandi par rapport à ses objectifs initiaux. Par exemple, l’OMC ne devrait rien avoir à avoir avec la propriété intellectuelle (cf. le cas des médicaments). Après, ‘l’instance judiciaire dont tu parles est l’organisme de réglement des différents. Ca permet d’éviter que la seule règle du plus fort s’applique dans les règles commerciales car ca permet de condamner les plus puissants (les Etats-Unis ou l’UE se font régulièrement condamnés par de petits pays). Sans cet organisme, c’est l’arbitraire des grandes puissances. C’est d’ailleurs les américains qui en 1995 ont ferraillé contre cet organisme, le jugeant dangereux pour leurs intérêts commerciaux.

Je suis d’accord que l’OMC ne devrait pas s’occuper de la propriété intellectuelle. D’ailleurs, la propriété intellectuelle ne recouvre pas uniquement les médicaments, mais aussi le brevetage du vivant et les OGM. Le problème de l’accès aux médicaments et la lutte des firmes pharmaceutiques contre les médicaments génériques est un problème très urgent à régler, mais celui du brevetage du vivant et des OGM en est aussi un (et c’est bien que S. Royal proposait un moratoire sur les OGM).
L’organe de règlement des différends n’empêche absolument pas la loi du plus fort. Pour qu’il empêche la loi du plus fort, il faudrait qu’il soit indépendant de l’OMC, ce qui n’est absolument pas le cas. L’arbitraire, comme je l’ai expliqué juste au-dessus, réside dans le fait que l’OMC concentre les 3 pouvoirs législatifs, exécutif et judiciaire et comme je l’ai dit aussi juste au-dessus, le pouvoir judiciaire est justement l’Organe de règlement des différents, qui je te rappelle, n’est pas organisme, mais un organe de l’OMC. Les Etats-Unis et l’Union européenne sont régulièrement sanctionnés lorsqu’il existe des différends entre eux ou entre eux et d’autres pays riches comme le Japon ou le Canada. Les Etats-Unis peuvent toujours pester contre l’OMC, ils obtiennent quand même très souvent gain de cause. Un exemple : lorsque l’UE a interdit l’importation des bovidés élevés aux hormones pour des raison de santé et de précautions, les Etats-Unis ont porté plainte contre l’UE auprès de l’OMC. L’OMC ne reconnaissant pas le principe de précaution, elle a donné raison aux Etats-Unis et leur a autorisé à établir une liste de 60 produits européens qu’ils seraient aurtorisés à taxer à 100 % ; et les Etats-Unis peuvent modifier cette liste selon leur convenance. Petite précision encore : les Etats-Unis avaient mis le roquefort dans cette liste ; c’est pourquoi José Bové a démonté le McDonald’s de Millau. Ce n’est pas par anti-américanisme qu’il l’a fait, mais pour manifester contre cette sanction américaine autorisée par l’OMC.
Sur ce sujet, je te conseille très vivement de lire ce court article de Raoul-Marc Jennar à propos de l’OMC. Tu le trouveras à l’adresse suivante : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=12369. Il est très clair et très révélateur sur ce qu’est l’OMC.
Je te conseille aussi vivement cet article sur le trio OMC, FMI et Banque mondiale : tu le trouveras à l’adresse suivante : http://wb.attac.be/Le-trio-infernal-Banque-mondiale.html

Sur le pole législatif, c’est pas l’OMC en tant que tel, c’est les Etats! C’est pas Pascal Lamy qui les signent ces accords. Et si les Etats ne veulent pas d’un accord, ils peuvent bloquer (cf cas du G20+, les pays en développement à Cancun ou à Seattle).

Oui, le pôle législatif est constitué des pays membres de l’OMC. Mais une fois qu’ils sont approuvés, ils engagent l’OMC et doivent être appliqués par tous les pays membres. L’OMC elle-même s’engage d’ailleurs à les faire respecter.
Je suis d’accord que si un pays ne veut pas d’un accord, il peut bloquer le processus. Cancun et de Seattle sont de bons exemples. Mais tu dois avouer que c’est quand même extrêmement rare parce que les pays riches tels que les Etats-Unis et l’Union européenne obtiennent presque, et je dis bien presque, toujours ce qu’ils veulent en mettant des pressions énormes sur les pays réfractaires (en général les pays pauvres) et les menacent de grosses sanctions économiques. Et par exemple, les régimes en place dans les pays d’Afrique sont des marionnettes de leur ancien pays colonisateur.

Quand une même institution concentre ces trois pôles, ça laisse la porte grande ouverte à l’arbitraire. Et quand on sait que l’OMC est clairement sous très forte influence états-unienne, pour ne pas dire dirigée, on peut imaginer l’ampleur de l’arbitraire de sa politique, notamment vis-à-vis des pays pauvres.

C’est caricatural. Il y a pleins de problèmes, c’est vrai. Les pays riches (pas seulement les Etats-Unis d’ailleurs mais aussi l’Europe) utilisent des motifs de pression pour forcer les Etats à signer, c’est un vrai problème. Mais les pays du Sud peuvent peser. Aujourd’hui, c’est le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde qui mènent la danse des négociations.

Je ne suis pas d’accord que c’est le Brésil, l’Afrique du Sud, la Chine et l’Inde qui mènent les négociations, en tout cas pas à l’OMC. C’est clairement des marchés à conquérir, mais ils calquent leur modèle de développement sur les pays riches et ces derniers ont des moyens plus puissants pour arriver à leurs fins, à mon avis. Pour l’instant, les Etats-Unis et l’UE sont quand même beaucoup plus puissants, économiquement, que ces pays émergeants, je suis désolé.

En plus de ça, les dirigeants socialistes (Ségolène comprise) n’ont pas condamné les propos allant dans le sens de l’ultra-libéralisme prôné par les Etats-Unis déclarés par Pascal Lamy quand il a été élu à la tête de l’OMC.

Alors là! Je ne suis pas un partisan de Pascal Lamy, je me suis battu à l’intérieur du parti sur ces visions libre-échangistes, mais « les propos allant dans le sens de l’ultra-libéralisme prôné par les Etats-Unis »…
Sais-tu que Lamy est un des initiateurs du consensus de Genève qui a comme objectif de se substituer au consensus de Washington, très justement dénoncé par les alter.
Le consensus de Genève visait à mettre l’accent sur la lutte contre la pauvreté et sur le développement des insitutions. Alors, certes, il y a pleins de problèmes notamment parceque la banque mondiale et le FMI ne l’ont appliqué qu’avec une certaine vision parcellaire, et de mauvaise foi, basés sur des dogmes économiques. Mais c’est difficile pour autant de parler d’ultra-libéralisme.

Je ne peux rien dire sur le consensus de Genève ni sur celui de Washington parce que je ne sais rien dessus. Mais je maintiens que Lamy est très libéral, si le mot « ultra-libéral » te dérange. Il ne remet absolument pas en cause l’aspect anti-démocratique de l’OMC et n’a jamais exprimé la volonté de réformer cette institution. Je crois savoir que Lamy est assez américaniste et rentre parfaitement dans la logique qui a toujours régné à l’OMC. C’est en ça que je trouve qu’il est très libéral. Et les dirigeants socialistes n’ont jamais pris leurs distances faces aux propos et à la politique de Lamy à l’OMC.

Je pense qu’il serait plus efficace de se concentrer sur les vrais enjeux. Je suis très critiique sur Lamy par exemple lorsqu’il était commissasire européen et qu’il poussait dans le cadre des accords AGCS à libéraliser les services dans les pays du Sud. Mais le PS s’est prononcé contre ces accords AGCS. La région de Royal est déclarée hors-AGCS par ailleurs.
Et après, on peut aussi concentrer ses critiques sur la Banque Mondiale et sur leur fausse application du consensus de Genève.

Mais il y a quelque chose qui manque totalement de logique dans le comportement des dirigeants socialistes par rapport à l’AGCS. Tu me dis que le PS s’est pronocé contre cet accord sur les services alors même que ses dirigeants ont appelé à voter « oui » au TCE, traité constitutionnel qui comprenait l’AGCS. En approuvant le TCE, on aurait constitutionnalisé l’AGCS et les dirigeants socialistes, Royal comprise, ont appelé à approuver le TCE. Je parle bien des dirigeants socialistes et pas des militants socialistes. Est-ce que tu peux m’éclairer sur la logique de ça, s’il-te-plaît ?

La France est quand même membre de l’OMC et toute la très imposante partie législative élaborée par l’OMC est rentrée dans le droit français au moment où la France y a adhéré.

Faux. Il n’y a pas de partie législative en tant que tel. Il y a négociation de droits de douanes, et de tarifs et de suppressions de barrières protectionnistes. Et avant l’OMC, il y avait le GATT. La France négocie des accords commerciaux depuis.. 1945.

Ah si, je suis désolé. Ce que j’appelle la partie législative, c’est les textes juridiques (http://www.wto.org/french/docs_f/legal_f/legal_f.htm) et ils sont rentrés la législation française et de tous les pays membres de l’OMC. Quand un pays signe pour rentrer dans l’OMC, tous les textes juridiques rentrent dans le droit de ce pays.

Le rôle d’un président de la république française qui voudrait effectivement changer des choses au niveau international serait peut-être de faire pression au sein de l’OMC pour que tout d’abord cette institution devienne plus démocratique (séparation des pouvoirs) et qu’elle se transforme en une institution qui n’étouffe plus les pays pauvres, mais au contraire, qui leur permette de se développer.

Je suis d’accord sur les objectifs. Reste à voir comment.

Ceci implique forcément une confrontation avec les Etats-Unis, qui est le pays le plus pollueur et le moins respectueux d’un développement harmonieux des pays pauvres.

Pas forcément qu’avec les Etats-Unis d’ailleurs…

Oui, tu as raison, pas uniquement avec les Etats-Unis.

Ce qu’elle annonce dans ce que tu m’as envoyé ne montre pas, à mon avis, une franche volonté de changer quoique ce soit au niveau international.

C’est ton jugement. Je considère au contraire qu’elle sort de l’incantation et propose des mesures concrètes justement pour donner plus de poids et de pouvoir aux pays du Sud.

Oui, c’est mon jugement et j’ai bien dit que c’était mon avis. Je ne vois pas quelles sont les bonnes mesures concrètes, en l’état actuel des choses, que S. Royal propose. L’aide publique au développement n’en est pas une, telle qu’elle est maintenant, vu les dérives qu’elle engendre.

Au niveau européen, je n’ai pas vu non plus une réelle volonté de changer les choses parce qu’elle ne veut pas remettre en cause ni le traité de Maastricht,

J’ai voté non à la constitution européenne. Je trouverai ca scandaleux qu’on revienne sur ce vote. Par contre les français ont voté pour à Maastricht, et pour les mêmes raisons, il serait hallucinant de vouloir sortir de Maastricht (ce qui impliquerait au passage sortir de l’Euro… A part De Villiers et Schivardi peut-être, personne ose proposer cela).

ni les accords de Lisbonne et de Barcelone qui détruisent les services publics et favorsient la concurrence entre les salariés et entre les peuples de l’Union.

Faut pas tout mélanger. Accords de Lisbonne vise à renforcer la « compétitivité de l’UE » en se basant sur trois pilliers: développement économique, développement social, développement écologique. L’application de Lisbonne a été une catastrophe dans une Europe largement dominée par les libéraux. C’est vrai. Il faut le critiquer et demander une réorientation de ces accords. On a complètement oublié l’aspect social et environmental dans ces accords.

Pour Barcelone, c’est différent, c’est une déclaration ministérielle. Il y a un vrai problème sur la question de la libéralisation mais les socialistes sont revenus de leurs erreurs là-dessus. Aujourd’hui on propose (1) un moratoire immédiat sur toutes les libéralisations (2) l’adoption d’une directive cadre sur les services publics pour les sortir des règles du marché.

Je parle de S. Royal et des autres dirigeants. Je ne parle pas des militants socialistes. Je sais que les militants socialistes ont majoritairement voté contre le TCE. Pourquoi se sentir visé quand on parle des dirigeants socialistes ? Je ne remets pas en cause le vote des militants socialistes au TCE. J’essaye seulement de montrer une certaine contradiction dans le discours de dirigeants socialistes.
Je n’ai jamais parlé de sortir de Maastricht ni de l’UE. Tu déformes complètement mes propos ou je me suis mal exprimé. Ce que je voulais dire par remettre en cause le traité de Maastricht et les accords de Lisbonne et de Barcelone, ce n’est pas sortir de ces traités. Je voulais dire par là qu’il fallait les revoir et les modifier pour qu’ils n’imposent pas une privatisation des services publics, entre autres.
A Lisbonne, il se sont mis d’accord sur la promotion de « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale » (citation de la Commission européenne juste après ces accords). Comme tu vois, pour l’UE, la connaissance doit obéir aux lois de l’économie et elle doit être compétitive et dynamique. Ca remet clairement en cause le service public de l’éducation nationale parce qu’en France, l’Etat exerce encore plus ou moins un monopole sur l’éducation (je sais que la connaissance est plus large que l’éducation, mais la stratégie de Lisbonne ouvre la porte à la marchandisation de la culture et de l’éducation).

Je n’ai absolument pas entendu aucun des dirigeants socialistes revenir sur leurs erreurs, mais si tu le dis, c’est probablement vrai et c’est bien. Mais pour que la directive cadre qui ferait sortir les missions de services publics des règles du marché soit effective, il faut qu’elle annule tout ce qui permet la libéralisation et la marchandisation des missions de service publics dans les différents traités européens. Et ceci n’implique pas qu’on sort de l’Europe. Et il faut définir aussi quels sont les domaines qui sont de mission de service public.

Les lois votées au parlement européen priment toujours sur les droits nationaux et ça fait que maintenant, 80 % des lois votées au niveau national proviennent de l’Union. La remise en cause des traités européens n’implique pas forcément qu’on veuille quitter l’Union. Il faut faire pression au niveau européen pour qu’elle change de politique, qui va actuellement dans le sens de l’ultra-libéralisme.

Je suis d’accord avec toi. C’était le sens de mon vote Non à la consittution européenne. Mais on fait comment? C’est du rapport de force, il se joue pied à pied. Il ya le traité social, la directive sur les services publics, le changement de statut de la BCE, le budget européen ,’l’harmonisation sociale et fiscale. Tout cela va dans ce sens, mais ca prend du temps et le rapport de force n’est pas en notre faveur.

Oui, ça implique une confrontation avec la tendance actuelle en Europe. Mais pour une confrontation, il faut en avoir la volonté politique.

Mais elle ne donne vraiment pas l’impression d’avoir une volonté de rupture vis-à-vis de la vague très libérale sur laquelle l’UE vogue depuis plusieurs années.

Cf les propositions quelques lignes au dessus. C’est une rupture en soit.

La preuve de ça, c’est qu’elle a appelé à voter pour un traité constitutionnel européen qui allait institutionnaliser la politique ultra-libérale de l’UE et si ce TCE avait été approuvé en Europe, pour le coup, il aurait été impossible de changer quoique ce soit en faveur d’une politique respectueuse de l’environnement, sociale et d’aide au développement des pays pauvres.

Et alors? elle a voté oui, certes mais la majorité des sympathisants socialistes (59% s’y sont opposés) et le projet européen permet justement de réconcilier le oui et le non. Elle ne propose pas de faire passer en sous-main la constitution comme essaye de le faire Sarkozy.

Je n’ai pas parlé du vote des militants socialistes au TCE. Et je n’ai jamais mis S. Royal et N. Sarkozy sur le même plan. Mais comment peut-on prôner un renforcement des services publics quand on a appelé à approuver un traité qui voulait justement libérliser les services publics ? Comment peut-on prôner un renforcement des services publics quand on n’exprime pas la volonté d’obtenir de l’UE qu’elle annule tout ce qui tend à libéraliser les services publics dans ses traités ?

Dans beaucoup de négociations, l’UE est beaucoup plus virulante que les Etats-Unis. C’est pour dire que l’UE s’inscrit dans une logique de concurrence aveugle sur le terrain même des Etats-Unis alors qu’on sait que la politique des Etats-Unis n’est pas viable à long terme du point de vue écologique, social et de développement durable. Le TCE s’inscrivait parfaitement dans cette logique ultra-libérale et de concurrence des Etats-Unis sur leur terrain.

Je suis d’accord! C’est ce qu’il faut changer!

Pour conclure, je crois que je vais finalement voter Royal au second tour pour faire barrage à Sarkozy pour ne pas avoir à me reprocher d’avoir voté blanc et de ne pas lui avoir donné ma voix si elle perdait contre Sarkozy.

Bravo🙂 Malheureusement, ça n’a pas suffit.

Mais ce n’est certainement pas pour son programme que je vais voter Royal. D’ailleurs, je voterai pour elle vraiment à contre-cœur parce que je trouve que l’hypocrisie du PS est franchement abusive.

Le droit à la souveraineté alimentaire pour les pays du Sud, c’est du vent? l’allocation autonomie, c’est du vent?
Les socialistes ont aussi le droit parfois d’être sincères dans leurs convictions et prises de positions.

Je vois qu’avec la souveraineté alimentaire des pays du sud, comme avec le droit opposable au logement, S. Royal s’est inspirée de sa gauche. C’est quand même satisfaisant. Les dirigeants socialistes devraient s’inspirer plus souvent des idées provenant de leur gauche ; ils (les dirigeants socialistes) deviendraient alors plus crédibles à gauche, puisqu’ils se prétendent de gauche. J’ai quand même trouvé regrettable que S. Royal se couche à ce point-là devant Bayrou entre les deux tours de l’élection présidentielle et du même coup, qu’elle drague l’électorat de droite (parce que, malgré sa très bonne campagne de « ni droite, ni gauche », Bayrou est clairement à droite). Le ralliement de la majorité des députés UDF à Sarkozy entre les deux tours et pour les législtives est bien la preuve que Bayrou est à droite.

Encore une fois, je ne remets pas en cause la sincérité des militants socialistes. Je remets en cause la sincérité des hauts dirigeants du PS, les Royal, Hollande, Strauss-Kahn, Fabius, Lang, Jospin (puisqu’il est réapparu pendant les primaires du PS), etc. Ils nous ont tellement habitué à un discours soit disant social qui n’était pas suivi d’actes concrets. Je pense, par exemple, à la loi sur le démentèlement de la SNCF passée par le gouvernement Juppé en 1997 juste avant l’arrivée de Jospin au pouvoir ; c’est d’ailleurs S. Royal qui s’est révoltée contre cette loi à l’Assemblée nationale, à juste titre d’ailleurs. Mais le problème, c’est que, quand le gouvernement Jospin est arrivé au pouvoir, ils n’ont absolument pas annulé cette loi et a au contraire accompagné le démentèlement de la SNCF. Je pense aussi au nombre de poste que le PS a supprimé ou pas remplacé dans la fonction publique quand il était au pouvoir entre Mitterrand et Jospin, affaiblissant ainsi la force des syndicats, qui sont nécessaires pour rapport de force équitable entre patronat et salariat. Je rappelle que c’est la fonction publique qui compte le plus grand nombre de salariés syndiqués. Je pense enfin aux paroles de Jospin en 2002 qui disaient que l’Etat ne puvait rien faire contre les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font du profit.

Mais bon, je vais me réconcilier en partie en me disant qu’il vaut mieux une « gauche » de renoncement plutôt qu’une droite de combat.

Il y a beaucoup de choses à revoir certes, mais parler de gauche de renoncenment.. encore une fois, on pourrait en débattre des heures..

On pourrait effectivement en débattre, mais les paroles de Jospin que je viens de mentionner juste au-dessus en disent quand même long sur l’état d’esprit des dirigeants socialistes (et je dis bien les dirigeants du PS) parce que je tiens quand même à rappeler qu’aucun des autres dirigeants du PS n’a remis en cause cette affirmation de Jospin, ni sur le fait que Jospin affirme que le programme qu’il défendait en 2002 n’était pas socialiste.

Les revendications sociales seront plus faciles et moins dangereuses à mener avec Royal qu’avec Sarkozy. Je ferai campagne pour le vote barrage contre Sarkozy, mais pas en essayant de convaincre sur le programme de Royal (parce qu’il ne me convainc pas moi-même) ; je ferai campagne en essayant de montrer à quel point il serait dangereux que Sarkozy arrive au pouvoir. Je trouve que Royal a misé sur le vote barrage contre Sarkozy dès le premier tour et ne s’est pas donné la peine d’élaborer un véritable programme de gauche, rassembleur et qui aurait pu réconcilier les Français avec la gauche et le PS.

Le programme était bon en général. On s’est peut-être pas appuyé sur les bonnes priorités, je te l’accorde.

C’est le moins qu’on puisse dire !!! Mais si le programme était si bon en général, comment expliques-tu que ce programme n’ait pas rassemblé du tout à gauche et que S. Royal ait appelé au vote barrage contre Sarkozy dès le premier tour ?

Ce manque de programme de gauche fera qu’elle continuera dans la lignée de Mitterrand et de Jospin sur la voix du libéralisme.

Les 35h, la CMU, l’APA, les emplois-jeunes, c’était du libéralisme?

C’est des mesures de gauche, je te l’accorde. Mais si tu prends l’exemple des 35 heures, c’est en principe une avancée sociale s’il n’y a pas de baisse de salaire. Mais le problème, c’est que cette mesure a été mise en place de façon assez cafouilleuse et n’a pas été respectée. Elle a donc engendré des baisses de salaires dans beaucoup de branches, alors que cette diminution du temps de travail n’aurait pas dû être accompagnée de ces diminutions de salaires.

Ce ne sera pas un libéralisme aussi violent que celui voulu par Sarkozy, mais elle accompagnera quand même les services publics vers leur privatisation (parce que c’est ce que veut l’UE)

Cf. la proposition du PSE sur la directive cadre sur les services publics… Ca va exactement contre ce que tu affirmes.

Encore faut-il voir ce qui se trouve dans cette directive cadre et si elle annule toutes les attaques des services publics faites par les différents traités européens. J’attends de voir.

et fera en sorte que ce ne soit pas trop brutal et douloureux pour les fonctionnaires. Elle ne fera rien contre la politique de l’UE qui va toujours plus loin dans le sillage des Etats-Unis en essayant toujours de les concurrencer. C’est pour ça qu’il ne faut pas se faire d’illusions sur les paroles de Royal, qui peuvent être prometteuses, je suis d’accord. Il ne faut pas se faire d’illusions parce que les dirigeants actuels du PS, Royal comprise, sont capables de magnifiques retournements de veste.

L’argument ultime… Relis le programme de Jospin de 1997, il a été aux 95% appliqués. Est-ce que ca paye électoralement. Visiblement, non…

Ce n’est pas un argument, c’est ce que ressents par rapport aux dirigeants socialistes. Je ne me fais aucune illusion. Si le programme de Jospin de 1997 a été appliqué à 95 %, ça veut bien dire qu’il y a un problème dans ce que propose le PS puisqu’effectivement, il n’a pas séduit. Parce qu’en 2002, les Français n’ont pas voté uniquement en se basant sur le programme que Jospin défendait cette année-là ; ils ont aussi voté aussi sur un bilan. En 2002, non seulement le bilan, mais aussi le programme socialiste n’ont pas séduit ni rassemblé. En 2007, le programme socialiste n’a pas séduit non plus et les dirigeants socialistes ont appelé à voter Royal dès le premier tour pour ne pas avoir à revivre le traumatisme de 2002, preuve que les dirigeants socialistes n’ont pas tiré les leçons de 2002, selon moi (et ce n’est que mon avis, mais qui est partagé par beaucoup de monde à gauche d’après mon constat).

Ils ne veulent aucune confrontation ni remise en cause de l’ordre établi et c’est en ça qu’ils ont renoncé à mener une politique de gauche. Son appel à voter pour le TCE était clairement dans cet état d’esprit.

Et tous les socialistes qui ont voté non!?

Mais pourquoi tu te sens visé quand je critique les dirigeants socialistes ? Je n’ai parlé que des dirigeants socialistes dans tout mon mail auquel tu as répondu et tu te sens violenté !!! Dans cette élection, c’est S. Royal qui était candidate et c’est bien elle qui aurait accédé au pouvoir si elle avait été élue. Elle aurait été entourée des hauts dirigeants socialistes et c’est bien d’eux dont je parle quand je dis qu’ils ne veulent aucune confrontation avec l’ordre établi. Bien que les militants socialistes aient voté majoritairement contre le TCE, les dirigeants du PS ont appelé à voté pour. C’est aussi à cause de ça que je dis que les dirigeants du PS représente une gauche qui a renoncé face au néo-libéralisme et à ses tentations. Là encore, je ne remets en cause que les dirigeants du PS.

A bientôt.

Gilles

Pour conclure, il va y avoir dans les prochains mois de grands débats à gauche sur justement les objectifs, les valeurs, la construction d »un projet de transformation sociale. A titre personnel, je souhaite que cette refondation permette des débats internes à la gauche, ce qui implique qu’on ne peut poser comme principe préalalble un refus de la discussion avec le PS comme le fait Besancenot, comme le font certains socialistes avec la LCR. Il faut poser les bases d’un constat qu’on peut partager et avancer, regarder devant et poser les jalons, dans une optique européenne et internationaliste, de l’alternaitve. Ca nécessitera beaucoup de remises en cause de la part des socialistes, mais une acceptation du débat partout.

Il y aura effectivement de grands débats sur la réunification de la gauche autour d’un projet de transformation sociale et tout le monde y est le bienvenu, de quelque sensibilité qu’il soit. Je suis d’accord que les militants socialistes ont parfaitement leur mot à dire dans ces débats. Ces débats n’ont pas à se faire dans la cadre des partis ni même instrumentalisés par aucun parti parce qu’une réunification de la gauche autour d’un projet commun de transformation sociale est dans l’intérêt commun et va au delà de l’intérêt purement partisan et de calculs électoralistes.
A mon avis, il serait sain que le PC, au moins, mais aussi la LCR, disparaissent du champ politique en tant que partis parce que leurs directions sont assez sectaires et ne pensent qu’à leur étiquette. Ils empêchent donc d’avoir un vrai débat de fond constructif et unitaire parce que les directions de ces 2 partis voudront que leur étiquette soit représentée quoiqu’il en soit.
Je ne sais pas si je vais te choquer ou pas, mais je pense qu’il serait aussi sain que le PS explose et que tous les dirigeants et militants socialistes qui sont séduits par Bayrou le rejoignent dans son nouveau parti et que les militants et dirigeants socialistes qui restent à gauche viennent participer aux débats sur un projets de transformation sociale.
On a 5 années de résistance devant nous pour reconstruire (ou construire) une gauche de transformation sociale. Il serait bien que toutes les forces de gauches soient libres pour participer pleinement à l’élaboration de ce projet de transformation sociale.

Cette discussion est intéressante. Est-ce que cela te dérangerai que je la publie sur mon blog (quitte à préserver ton anonymat si tu le souhaites).

Voila pour mes réponses, n’hésite pas à me faire des remarques ou m’apporter la contradiction😉

Rémi

Voici mes remarques. Ca ne me dérange pas que tu mettes cet échange sur ton blog, pourvu que tu inclues aussi les remarques que je t’envoie dans ce message.

Gilles »

Commentaires»

1. Gilles - 15 mai 2007

Salut !

Merci d’avoir publié notre échange.

Je tiens à réagir encore sur quelques points que tu mets en introduction. En ce qui concerne l’OMC, le FMI et la Banque mondiale, je me suis concentré sur l’OMC dans notre échange parce que c’est l’institution internationale la plus anti-démocratique et où règne l’arbitraire (concentration des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire). Mais l’OMC travaille en étroite collaboration avec le FMI et la Banque mondiale depuis sa création. Ces 3 institutions marchent donc main dans la main et vont dans la même direction. Tu as donc raison qu’il faut concentrer ses critiques et ses efforts sur ces 3 institutions. Mais je te répète que le FMI et la Banque mondiale n’ont pas d’organe exécutif et de sanction pour faire appliquer leurs décisions puisque c’est des organismes bancaires et de prêts de fonds au pays pauvres. Ils décident seulement à qui prêter et à qui ne pas prêter et peuvent prendre des décisions de restrictions financières sur des pays. Je suis d’accord que le FMI et la BM sont perverses parce que les conditions qu’elles émettent pour prêter sont puantes et en défaveur des pays pauvres. Mais l’OMC est encore plus perverse à mon avis à cause de la concentration des pouvoirs.
Les pays pauvres ont effectivement la possibilité de contrecarrer les processus de négociations de l’OMC comme ça s’est fait à Cancun, mais ça reste quand même extrêment rare parce qu’ils doivent s’unir sur une même ligne de conduite et sur une même politique pour faire le poids face aux pays riches et ce n’est absolument pas évident.
En ce qui concerne le mouvement altermondialiste, il te suffit de regarder les travaux d’ATTAC, par exemple, pour te rendre compte que le FMI et la Banque mondiale sont autant remises en cause que l’OMC. Je considère qu’elles n’ont pas à l’être plus que l’OMC ; ces 3 institutions doivent être mises sur le même plan quant aux efforts à consentir pour essayer de les réformer.

Le fossé entre le « oui » et le « non » de gauche au TCE existe encore. Je veux dire par là qu’il ne faut pas être amnésique là-dessus et donc, ne pas l’oublier.
Par exemple, tu ne peux pas prôner un renforcement des services publics sans t’engager à essayer d’obtenir de l’Union européenne qu’elle annule ou supprime carrément de ses traités tout ce qui tend à les privatiser et à les faire obéir aux lois du marché. Maintenant, quand tu as appelé à voter pour le TCE en 2005, ça veut dire que ce TCE te convenait tel qu’il était, c’est-à-dire avec toutes les attaques des services publics qu’il comprenait. Ceci veut dire que tu n’as en aucun cas l’intention de défendre les services publics au niveau communautaires (parce que c’est contraire à la tendance actuelle de concurrence libre et non faussée et du tout marchand). Alors, c’est bien beau de tenir des discours prônant le renforcement des services publics, mais il ne faut pas oublier les événements passés et voir si les discours tenus marquent une rupture avec le passé. A mon avis (et c’est bien mon avis), le discours de S. Royal n’a marqué aucune rupture par rapport à ses prises de positions passées.

Pour moi, la refondation de la gauche autour d’un projet de transformation sociale ne doit pas se faire au sein d’aucun parti parce que ça doit commencer par la détermination des raisons de la décadence de la gauche, par tirer les leçons des échecs électoraux de la gauche, par la mise en débat de propositions et enfin par la détermination de la façon dont doivent être menés les combats politiques. A mon avis, l’appareil des partis ne doivent pas se mêler de ces débats parce qu’ils vont très vite les parasiter avec des calculs purement électoralistes et de toute façon, ils voudront toujours que leur étiquette soit représentée aux élections.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Wikio

  • %d blogueurs aiment cette page :